Déjà arrêté en 1988, puis en 1993 et en 1994 pour avoir dénoncé les
fraudes dans des élections où il a été un candidat malheureux, Abdoulaye
Wade sort vainqueur au second tour de l’élection présidentielle de mars
2000 face à Abdou Diouf, sur le mot d’ordre de « sopi » (changement en
wolof), avec 58,5 p. 100 des suffrages. Il bénéficie de la désaffection
pour son adversaire, au pouvoir depuis trente ans, de l’espoir des
jeunes, des habitants des banlieues défavorisées, et de la diminution du
pouvoir d’achat des classes moyennes. Il s’engage à prendre en compte
les besoins du monde rural pour ralentir un exode qui fait de la région
de Dakar une zone à la démographie explosive. Plus libéral que son
prédécesseur, il prévoit la modernisation des moyens de communication
(nouvel aéroport à Dakar, amélioration des lignes de chemin de fer) et
la réduction des postes ministériels.
Il n’y a pas un sans deux, dit-on.
Après trois alternatives au
sommet de l’Etat réussies et totalement transparentes, pour une
quatrième fois consécutive, le peuple sénégalais consolide son régime
démocratique à travers la tenue d’une présidentielle libre, démocratique
et transparente. Evoluant dans la droite ligne tracée par ses illustres
prédécesseurs, notamment Léopold Senghor, Abdou Diouf, maître Wade a
surpris plus d’un, en reconnaissant promptement son échec au deuxième
tour, et avant même la publication des résultats définitifs. Dès 21 h
000, le sortant a composé le numéro du nouvel élu pour saluer sa
victoire.
Alors que plusieurs mauvaises langues prêtaient de mauvaises
intentions au président sortant, Abdoulaye Wade, cet homme politique
aujourd’hui âgé de 86 ans, vient de se comporter en gentleman, en
appelant le soir même du deuxième tour de la présidentielle, son
challenger, Macky SALL, pour lui présenter ses félicitations.
Il faut ici avouer que la classe politique sénégalaise vient une fois
de plus de prouver à la face du monde que ce pays qui renferme un taux
élevé d’intellectuels consciencieux, est en avance par rapport à la
grande majorité des africains qui souillent la démocratie. Et ce,
notamment à travers des élections biaisées, non transparentes, souvent
gagnées d’avance et à travers lesquelles le peuple africain continue à
être abusé par des prédateurs.
Un autre point à mettre à l’actif de cette classe politique
sénégalaise, c’est notamment l’idéal commun partagé par les partis
politiques de l’opposition qui ont formé un front commun et réellement
uni face au président Wade, et dont quasi tous ne voulaient plus le voir
briguer un troisième mandat à la tête du Sénégal. Ayant tous battu
campagne contre Wade au premier tour, avec beaucoup de délicatesses, au
second tour, ils ont apporté leur total soutien à Macky SALL, y compris
l’artiste Youssoudou, empêché de se présenter au premier tour. Cette
attitude noble de la classe politique sénégalaise doit servir de leçon
notamment aux politiques congolais car, souvent divisés et incapables de
former un front commun en vue d’une vraie alternative au sommet de
l’Etat.
Et les mêmes fleurs peuvent aussi être jetées aux membres de la
société civile sénégalaise qui sont restés constants et soudés dans leur
action, à travers le mouvement dit ‘’Y EN A MARRE’’ qui a donné de la
sueur froide au président sortant, Abdoulaye Wade. Leur mobilisation
populaire a sensiblement entamé la cote de popularité de maître Wade. Et
ne perdons pas de vue surtout leur protestation devant les initiatives
de lois controversées et que Wade a dû être obligées de retirées, c’est
notamment le fameux projet dit du ‘’ticket présidentiel’’.
Une des particularités politiques du Sénégal, c’est notamment le fait
qu’après quelques 50 ans d’indépendance, jamais ce pays qui a connu
quatre présidents, n’a enregistré un seul coup d’Etat militaire. Tous
les changements des présidents se sont passés à travers un jeu
démocratique libre, démocratique et transparent.
Et le président français, Nicolas Sarkozy qui a eu à se prononcer ce
matin sur les élections présidentielles sénégalaises n’a pas du tout
hésité d’inviter le monde entier, et le Sénégal en particulier,
d’honorer le président sortant, Abdoulaye Wade, qui a su garantir une
élection présidentielle apaisée. Et face à la catastrophe politique
avec la junte malienne, l’on ne peut que tirer un coup de chapeau à
Abdoulaye Wade.
Ce matin, le peuple sénégalais se réveille avec un nouveau président à
la tête du Sénégal, et qui a connu un parcours politique exceptionnel.
Aujourd’hui âgé de 50 ans, ingénieur de formation en géologie, Macky
SALL, l’heureux élu, s’est distingué comme vrai homme politique et
leader. Et ce, notamment pour avoir fait convoquer devant le parlement
sénégalais Karim Wade, fils du président en exercice, mais cité dans les
malversations financières dans la gestion de fonds publics destinés aux
projets étatiques lors du sommet islamique dernier. Alignant 8 ans de
règne en qualité du premier ministre du président Wade, il n’aurait mis à
profit que 4 ans pour se hisser à la tête du pays. Ancien élève et fils
de Wade, il a fini par l’emporter sur ce dernier avec beaucoup de
délicatesse.
L’Afrique tout entière doit désormais se retourner vers l’école
démocratique sénégalaise pour tirer profit de leur expérience politique
en matière de bonne gouvernance et d’alternative démocratique.
Toutes
nos félicitations à l’heureux élu, président Macky SALL qui a plusieurs
chantiers et priorités devant lui : lutte contre le chômage des jeunes,
vie chère, lutte contre la corruption, flambée des prix, poursuite des
nombreux chantiers initiés par son prédécesseurs Wade en vue de la
modernisation du Sénégal.