La
Bible a plus à dire sur l’athlétisme qu’on ne le pense. Parfois, ces
références sont cachées par les traductions ; on ne voit pas forcément
qu’un mot utilisé dans l’écrit original est en fait un terme très
précisément “athlétique”. D’autres fois, il y a un mot reconnaissable
tiré du monde de l’athlétisme, sans que l’analogie ne soit développée
plus que cela. Quelques fois, enfin, il y a tout un développement
autour du thème de l’athlétisme.
Ceci se fait
essentiellement dans les épîtres de Paul. A tel point, d’ailleurs,
qu’on est en droit de se demander si Paul lui-même n’avait pas été
athlète dans sa jeunesse. Cela aurait été peut-être rare pour un Juif,
mais comme Paul était également Romain, il est permis de se poser la
question. Evidemment, on ne peut pas y répondre avec certitude, vue
qu’il n’y a aucun texte qui nous le dit clairement, mais on pourrait y
penser fortement.
D’abord, le nombre de références à
l’athlétisme chez Paul est nettement plus élevé que dans le reste de la
Bible ensemble. On a pensé parfois que Paul utilisait ces images
simplement parce qu’il vivait dans une société où l’athlétisme était
pratiqué, et que cela pouvait donc être une illustration que les gens
comprendraient. Ce qui est possible. Mais d’autres écrivains bibliques
vivaient dans la même société, sans utiliser du tout autant de
références au sport.
En plus, il est frappant de voir combien
de fois Paul utilise des références à l’athlétisme en parlant de
lui-même. Il parle de deux épreuves différentes, la course et la lutte
(qui à l’époque était un combat sportif un peu différent de ce qu’elle
est que de nos jours, incluant des aspects de ce qui est aujourd’hui la
boxe). Considérez ces passages où Paul illustre sa vie chrétienne très
naturellement par l’image des épreuves sportives :
“Mais je ne
fais aucun cas de ma vie, comme si elle m’était précieuse, pourvu que
j’accomplisse ma course, et le ministère que j’ai reçu du Seigneur
Jésus : rendre témoignage à la bonne nouvelle de la grâce de Dieu”
(Actes 20:24).
“Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le
stade courent tous, mais qu’un seul reçoit le prix ? Courez de manière
à l’obtenir. Tout lutteur s’impose toute espèce d’abstinences ; eux
pour recevoir une couronne corruptible, nous, pour une couronne
incorruptible. Moi donc, je cours, mais non pas à l’aventure ; je donne
des coups de poing, mais non pour battre l’air. Au contraire, je traite
durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur, après avoir
prêché aux autres, d’être moi-même disqualifié” (1 Corinthiens 9:24-27).
“Je leur exposai l’Evangile que je prêche parmi les païens ; je
l’exposai en privé aux plus considérés, de peur de courir ou d’avoir
couru en vain” (Galates 2:2).
“Car il vous a été fait la grâce
non seulement de croire en Christ, mais encore de souffrir pour lui, en
soutenant le même combat que vous m’avez vu livrer et que, vous
l’apprenez, je livre encore maintenant” (Philippiens 1:29-30).
“Ce sera mon sujet de gloire au Jour de Christ de n’avoir pas couru ni peiné en vain” (Philippiens 2:16).
“Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix ou que j’aie déjà atteint
la perfection ; mais je poursuis ma course afin de le saisir, puisque
moi aussi, j’ai été saisi par le Christ-Jésus. Frères, pour moi-même je
n’estime pas encore avoir saisi le prix ; mais je fais une chose :
oubliant ce qui est en arrière et tendant vers ce qui est en avant, je
cours vers le but pour obtenir le prix de la vocation céleste de Dieu
en Christ-Jésus” (Philippiens 3:12-14).
“Je veux, en effet,
que vous sachiez quel grand combat je soutiens pour vous, pour ceux de
Laodicée et pour tous ceux qui n’ont pas vu mon visage” (Colossiens
2:2).
“J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi” (2 Timothée 4:7).
Il est vrai que Paul utilise des images athlétiques aussi pour parler
d’autres personnes, sans que cela signifie que tout le monde était
athlète. Mais les citations précédentes montrent combien il les utilise
à son propre sujet, et cela d’une façon si naturelle qu’on a
l’impression qu’il s’identifiait réellement avec ce milieu. (On notera
que l’épître aux Hébreux, qui n’est peut-être pas de la main de Paul
lui-même mais plutôt de quelqu’un qu’il a formé, utilise quelques
images athlétiques, sans que ce soit jamais à la première personne. Ce
qui ne répond toujours pas à la question de savoir si c’est Paul qui
l’a écrit, ou un de des co-équipiers.)
On voit même des termes
athlétiques assez techniques dans les écrits de Paul. Colossiens 3:15
nous dit par exemple : “Que la paix du Christ, à laquelle vous avez été
appelés pour former un seul corps, règne dans vos coeurs.” Vu comme
cela, on ne voit pas ce que ce texte a à faire avec l’athlétisme. Mais
le mot “règne” n’est en fait pas le verbe “régner” (basileúo) en grec,
le texte originel. Il s’agit plutôt d’un mot peu utilisé dans le
Nouveau Testament (et jamais dans cette forme précise) mais qui était
bien connu dans le monde antique. C’est le verbe pour ce que fait un
arbitre ou un juge d’épreuve dans le sport. Paul veut que la paix qui
vient de Christ soit l’arbitre dans nos coeurs, pour nous indiquer si
nous sommes “hors jeu” on non.
Ailleurs dans cette même épître
aux Colossiens il a écrit : “Que personne, sous prétexte d’humilité ou
d’un culte des anges, ne vous conteste à son gré le prix de la course ;
un tel homme s’abandonne à des visions, il est enflé d’un vain orgueil
par ses pensées charnelles” (Colossiens 2:18). Paul utilise ici un
terme athlétique qui signifie qu’un juge aurait disqualifié un athlète
de façon abusive alors que rien ne justifiait cette disqualification
(peut-être parce que la personne ne s’est pas présentée pour contester
la disqualification mais s’est “laissée faire”).
L’utilisation
correcte de termes si précisément athlétiques montre une très grande
familiarité avec le monde du sport. Or, à l’époque, le grand publique
savait que l’athlétisme existait et savait en général ce qui s’y
passait, mais n’y avait pas l’accès facile que nous avons aujourd’hui.
Les gens ne pouvaient pas regarder des matchs à la télé, ou lire les
résultats et commentaires dans le journal. Ils pouvaient assister
physiquement aux épreuves, bien sûr, mais seul un élite le faisait
régulièrement. Si Paul utilise si facilement des termes techniques
tirés de ce milieu, on peut penser qu’il l’a fréquenté de très près
lui-même et vraisemblablement comme plus que simple spectateur
Ajoutons que physiquement, Paul était un homme qui avait une forme
assez impressionnante. Même à la fin da sa vie, quand sa santé se
dégradait et que son compagnon le plus fidèle à dû être Luc (”le
médecin bien-aimé” comme il l’appelle dans Colossiens 4:14), il faisait
encore de longs voyages à pied et arrivait à faire face à une vie
physiquement éprouvante. Quand on lit dans 2 Corinthiens 11:23-32 la
liste des difficultés que Paul a dû affronter dans son ministère, on se
rend compte que cela n’a pas été facile. Spirituellement, oui, mais
physiquement aussi il a été très, très éprouvé. Pourtant, il a survécu.
Il devait “avoir la forme”, comme on dit.
Source :
unpoissondansle.net